Avant de te rejoindre : Chap 12 – Relation

Quelques semaines plus tard, je me sentais plus à l’aise. Je souriais plus. Jung faisait attention à ce que je suive les horaires de la maison, que je garde du temps pour travailler, que tout se passe pour le mieux pour moi. Bizarrement, mon père était moins violent. Il semblait fatigué, épuisé psychologiquement. Sûrement à cause de la mort de son père. Je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il était parti avant moi. Sous son masque de bourreau, il reste mon père. Malgré la mort de Maman, il n’a jamais affirmé que je ne fusse pas sa fille. Il aurait pu me renier, me rejeter, mais non. Il aurait pu énoncer le fait que nous n’étions pas liés par le sang. Mais il ne l’a jamais fait non plus. Ma vie était donc plus douce, plus confortable. Jung n’avait plus reparlé de mes bleus ou de ma mère. Il se contentait de me rendre la vie plus agréable. J’avais retrouvé un minimum de joie de vivre.

  • Jung! Grouille! On va rater le début!

C’était le soir, bien évidemment. On ne se voyait que le soir. Première fois qu’on avait un rendez-vous uniquement tous les deux. Il m’avait proposé d’aller voir les feux d’artifice. J’adorais les regarder… avant. Et il avait rallumé cette flamme en moi. Je faisais du mieux que je pouvais pour cacher mon entrain un peu trop prononcé mais je voyais au petit sourire satisfait qu’il arborait que c’était peine perdue.

Après les feux, nous étions restés dans l’herbe à regarder le ciel étoilé.

  • Merci de m’avoir emmené ici, Jung.

Je le vis esquisser une grimace.

  • Un problème ?

  • Hein?

  • Bah, tu grimaces.

  • Ah… C’est rien.

  • Bah si, dis.

Il sembla hésiter un moment puis soupira. Il savait que j’aurais fini par m’énerver s’il ne lâchait pas l’affaire.

  • C’est juste que… Ça me fait bizarre que tu m’appelles encore Jung… Tu peux m’appeler Hoseok tu sais?

  • Ouais, mais je n’aime pas ton prénom.

  • Ah…

  • Désolée.

  • Hum… Alors un surnom?

  • Je n’aime pas les surnoms débiles que les couples se donnent. Ces trucs soit disant « mignons ». Je trouve ça ridicule…

  • Ah oui, c’est vrai. Ma joue se souvient encore de lorsque j’ai eu le malheur de t’appeler « ma chérie »…

  • D-Désolée… Le coup est parti tout seul.

  • Je sais, je sais, je ne t’en veux pas, répondit-il avec son sourire éclatant. Mmh… Sinon, tu n’as qu’à me donner comme surnom un mot que tu associes à moi.

Je me mis à réfléchir et à le détailler. La première chose qui me sauta aux yeux fut son sourire. Il avait le don de toujours sourire. Au début, je trouvais ça agaçant. Mais au fil du temps, j’ai commencé à y trouver du réconfort et même de l’…

  • Espoir.

  • « Espoir »? En effet, c’est vraiment pas mignon!

Il commença à rire mais se calma rapidement en voyant que j’allais le frapper.

  • Je t’ai dit que je n’aimais pas les surnoms, râlai-je.

  • C’est vrai. Mais au final, même s’il n’est pas mignon, je trouve qu’il est… beau. Me dire que j’inspire l’espoir chez toi me rend heureux.

Encore ce sourire. Il s’approcha lentement de moi et posa doucement ses lèvres sur les miennes.

Finalement, « espoir » n’étant pas très pratique à dire, surtout pour un surnom, nous optâmes pour « Hope », la version anglaise. Les autres se moquèrent beaucoup, surtout Jimin, mais sa lassèrent et finirent par s’y habituer.

Un jour, en pleine heure d’histoire, une surveillante fit irruption dans ma classe. J’étais convoquée chez le proviseur. Tae et Jim me lancèrent des regards à la fois interrogatifs et inquiets. Je leur répondis en haussant les épaules et suivis la surveillante. Une fois dans le couloir, j’osai prendre la parole.

  • Qu’est ce qui se passe?

  • Je… Le proviseur t’expliquera…

  • J’ai fait quelque chose de mal?

  • Non! Non…

Elle semblait étrangement gênée et me fuyait du regard. Elle accéléra le pas et me laissa face au bureau du proviseur. Légèrement anxieuse, je frappai à la porte et entrai après son approbation.

  • Mademoiselle Lee Areum?

  • Bonjour Monsieur. Oui, c’est bien moi, Monsieur.

  • J’ai le regret de vous annoncer que votre père a fait un malaise sur son lieu de travail. Il est actuellement à l’hôpital.

  • Un malaise? Demandai-je inquiète. Comment va-t-il ?

  • Je n’en sais rien. Vous êtes autorisée à aller à l’hôpital. Vous serez dispensée de cours pour le reste de la journée. Avez-vous des proches à contacter afin de vous accompagner?

  • Non. Ma mère est morte et je suis fille unique. Et mes parents aussi.

Le proviseur soupira et passa sa main sur son visage, l’air soucieux. Moi, j’essayais tant bien que mal de digérer la nouvelle.

  • Le problème est que vous êtes mineure mademoiselle. Je ne peux pas vous laisser partir toute seule… Quoi que… Si un surveillant vous accompagne, ça devrait être bon. Je vais voir ce que je peux faire.

Il passa un coup de téléphone puis quelqu’un frappa à la porte. Un garçon qui devait à peu près avoir l’âge de Hyuna entra. Il mâchait nonchalamment un chewing-gum et trainait des pieds. On pouvait facilement deviner qu’il n’avait aucune envie d’être là. Dès qu’il referma la porte, j’entendis le proviseur claquer sa langue contre son palet.

  • Ouais? Qu’est-ce qu’il y a?

  • Yoongi, fais un effort, s’il te plait, le réprimanda le proviseur en faisant un signe de tête dans ma direction.

  • Ah merde, il y a une élève. Bon. En quoi avez-vous besoin de moi « Monsieur »?

Le proviseur paru consterné. Je devais avouer que le petit sourire en coin du surveillant était particulièrement déconcertant. Mais j’étais trop bouleversée pour prendre ça en compte.

  • Bon. Voici Lee Areum. Son père vient d’être hospitalisé à la clinique Samsung. Peux-tu l’accompagner, s’il te plait?

  • Avec plaisir, « Monsieur »!

Il fit une révérence exagérée et sorti en m’intimant de le suivre. Je m’inclinai légèrement pour saluer le proviseur et sortis à mon tour.

  • Bon, on y va? me demanda le surveillant en s’étirant. Ah non, t’as ptete tes affaires à récupérer avant non? En tout cas, je t’en dois une, tu me fais sauter l’aprem’ là.

Arrivée à la clinique, je pus aller directement dans la chambre de mon père pendant que le surveillant draguait la femme de l’accueil. Il était allongé, inconscient dans un lit aux draps blancs au milieu d’autres lits tout aussi blancs, certains étant occupés. En l’observant un peu plus, je remarquai qu’il était plus pâle que d’habitude. A peine m’étais-je assise à ses côtés qu’une femme en blouse blanche entra.

  • Bonjour, vous êtes sa fille ?

  • Bonjour madame. Oui.

  • Très bien. Je suis le docteur Byeon Mirae. Je suis chargée du dossier de votre père. J’aimerais m’entretenir avec vous dans mon bureau. Suivez-moi, s’il-vous-plait.

J’espérais que le fait de changer de salle était plus pour une raison de confidentialité plutôt qu’un signe de gravité de la situation. Son bureau était petit, je m’y sentais à l’étroit avec les diverses armoires et étagères qui prenaient toute l’espace disponible. Elle prit place à son bureau pendant que je m’assis face à elle. Elle se mit à utiliser son ordinateur, sûrement pour chercher le dossier de mon père. Un peu stressée et impatiente, je pris parole.

  • C’est grave ?

  • Non. Mais ça peut le devenir, surtout si mes craintes se confirment.

Face à mon incompréhension, elle s’expliqua.

  • Votre père s’est évanoui de fatigue. Mais je le soupçonne de faire du surmenage. J’ai interrogé le collègue qui l’a accompagné jusqu’ici et apparemment, ça fait quelque temps qu’il semble de plus en plus fatigué. Mais surtout, il semblait s’acharner de plus en plus au travail. Savez-vous s’il dort convenablement ?

  • Je ne sais pas…

  • Je vois. Et est-ce qu’il avait l’air plus fatigué ces temps-ci ? Etait-il plus nerveux ou paraissait-il déprimé ?

  • Oui, il ne semblait pas aller très bien lorsqu’on se voyait.

  • « Lorsque vous vous voyiez » ? Vous ne vivez pas ensemble ?

  • Si, mais on ne communique pas beaucoup…

  • Je vois… Bon. Parfois, le surmenage peut être provoqué par un événement d’ordre personnel.

  • Comme la mort d’un parent ?

  • Par exemple. C’est le cas ?

  • Oui. Mon grand-père, son père, est mort il y a un peu plus d’un mois.

  • Je comprends mieux.

Elle écrivit quelque chose sur l’ordinateur puis se tourna de nouveau vers moi.

  • C’est sûrement ça. Maintenant, il faut qu’il se repose, qu’il se change les idées. Je vais le garder quelques jours en observation et lui faire un arrêt de travail .Je compte sur vous pour faire en sorte qu’il ait le moins de préoccupations possible.

  • Oui, docteur. Merci.

Même si j’avais acquiescé, je ne savais pas vraiment quoi faire. Je décidai d’aller dans sa chambre pour qu’il ne se réveille pas seul. Voilà. Ma présence était tout ce que je pouvais faire à ce moment. Dans le couloir, je rencontrai le surveillant.

  • C’est bon ? Tu as pu voir ton père ?

  • A peine… J’allais le voir, là.

Il sortit son portable et regarda l’heure.

  • De toute façon, je pense que je dois rester avec toi jusqu’à la fin des heures de cours. Question de sécurité parait-il. Mon père vient de m’envoyer un message juste pour me le rappeler.

  • Votre père ?

  • Ouais. Ton proviseur. C’est mon vieux.

  • Ah…

Voilà sûrement pourquoi il lui parlait si mal. Je me demandai si mon père était aussi désespéré avec moi. J’eus un petit pincement au cœur à cette idée.

  • Du coup, que veux-tu faire ? Tu veux retourner en cours ? Rester là ?

  • Je vais voir mon père. Je ne l’ai presque pas vu. J’étais avec son médecin.

  • OK. Comme tu veux. Si tu me cherches, je serai sûrement vers l’accueil.

Sur ces paroles, il repartit. J’entrai dans la chambre qu’occupait mon père et le vis toujours inconscient. Je m’approchai et m’assis à ses côtés. Je l’observais, lui qui me semblait invincible, presque inhumain, proche du statut de robot. Pour la première fois depuis des années, je m’inquiétais pour lui.

Au bout d’une heure et demie d’attente, je décidai de lui acheter quelque chose à boire. Dans mes souvenirs, il aimait les boissons de riz. J’avais l’image de ma mère en train de lui dire qu’il n’allait plus avoir faim s’il buvait cette boisson. Puis je souris face au souvenir de mon père lui rétorquant qu’il n’était plus un enfant. J’allai au distributeur et lui pris une canette de shikhye pour lorsqu’il se réveillerait. En revenant vers la chambre, je croisai de nouveau le surveillant. Il était assis sur un des bancs, les jambes relevées, le sourire aux lèvres et semblait chatter avec quelqu’un. En me voyant, il s’arrêta et se leva.

  • J’ai eu le numéro de la fille de l’accueil, m’annonça-t-il en faisant un clin d’œil. Ton père va mieux ?

  • Je ne sais pas. Il ne s’est pas réveillé, encore.

  • Qu’est-ce qu’il a du coup ? demanda-t-il avec une pointe de désintérêt dans la voix ; je supposai qu’il voulait être poli.

  • Surement du surmenage. Il faut qu’il se repose d’après le médecin.

  • OK. Bon, c’est l’heure de la fin des cours donc je vais rentrer. Tu restes là ?

  • Oui, merci d’être resté.

Je m’inclinai légèrement, par politesse. Lui, s’étira de tout son long.

  • Bon bah merci de m’avoir fait sauter presque toute l’aprem ! Si t’as un souci au lycée n’hésite pas à venir me voir ! Tu demandes Min Yoongi à la salle des profs.

Et il s’en alla en me faisant un signe de main.

De retour dans la chambre de mon père, je le surpris assis dans son lit en train de discuter avec une infirmière. A mon arrivée, l’infirmière partit en spécifiant qu’elle allait chercher le médecin. Je pris place sur la chaise après m’être timidement inclinée devant mon père. Ne sachant pas quoi dire, je lui tendis la boisson. Il me regarda surpris.

  • Tiens. Il parait que tu dois te faire plaisir et… je crois que tu aimes bien cette boisson.

  • … Merci.

S’en suivit un silence plus que pesant. La chambre n’était pas du tout silencieuse mais venant de notre côté, on ne pouvait entendre que le son d’une canette qu’on ouvre. Heureusement, le médecin arriva assez rapidement. Elle confirma son idée de surmenage et ordonna à mon père de se reposer. Elle insista aussi sur le fait que lorsqu’on perdait un membre de sa famille, il fallait encore plus chérir les membres restants et qu’il fallait donc que je m’occupe de mon père. Elle décida de le garder jusqu’au lendemain en observation « pour le forcer à se reposer et à ne rien faire » et sorti de la chambre. Après un nouveau silence gênant, il prit parole.

  • Tu es là depuis combien de temps ?

  • Cet après-midi…

  • Et les cours ?

  • Je… J’ai été dispensée… pour venir te voir.

Face à son silence et à son air renfrogné, je me sentis coupable, sans vraiment savoir pourquoi.

  • Désolée …

  • Désolé.

Nous avions parlé en même temps. Mais je restai bouche bée. Mon père venait de s’excuser. Je ne savais même pas pourquoi exactement mais cet acte m’avait laissé en état de choc. Pour sa part, il continua sur sa lancée.

  • Non, tu n’as pas à être désolée. C’est à moi de m’excuser. C’est de ma faute si tu as raté les cours cet après-midi.

Ce n’était pas si grave en réalité. Il était facile pour moi de rattraper cet après-midi de perdue. Et il le savait. Il poursuivit.

  • Au final, je suis un bien mauvais père, tu-

Trouvant qu’il poussait le bouchon un peu loin pour juste quelques heures ratées alors qu’il avait perdu connaissance, je lui coupai la parole sans réfléchir.

  • Ce n’est pas si grave ! Je suis la première des élèves de première ! Je rattraperai facilement les cours de cet après-midi ! Et-

Je m’arrêtai soudainement en réalisant que je lui avais coupé la parole et que le but n’était pas du tout de l’énerver. Décidée à me laisser faire, je fermai juste les yeux en voyant son bras bouger. Mais au lieu de me prendre un coup comme je le pensais, il posa sa main sur mon épaule.

  • Même ces dernières années, j’ai été un mauvais père. J’espère que tu me pardonneras un jour.

Puis, pendant que je me remettais du choc provoqué par sa réaction, il dégusta tranquillement sa boisson en me remerciant de nouveau de cette attention.

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Publié le 4 août 2016, dans Avant de te rejoindre, Mes fanfictions, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

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