Trois en un: Une enfance peuplée

 

SangBeom entra chez lui, après une dure journée de travail. La douce odeur qui chatouillait ses narines lui annonçait que sa femme, SoEun, était en train de préparer le dîner. Il sourit et se dirigea vers la cuisine, après avoir retiré ses chaussures. SoEun, occupée à couper les légumes, ne put s’empêcher de sourire lorsqu’elle senti les bras de son mari lui enlacer la taille.

–          Tu rentres tôt, aujourd’hui !

–          Oui, un des clients a annulé son rendez-vous alors j’ai pu me libérer plus tôt.

Heureuse, SoEun délaissa ses légumes pour embrasser son mari.

–          Où est notre petit JeonGuk ?

–          Il est dans sa chambre, en train de jouer. Va le voir, il sera content.

SangBeom prit la direction de la chambre de son fils et l’entendit parler depuis le couloir. Il jeta un coup d’œil mais vit que son fils était seul.

–          … Oui, c’est mon préféré !

–          JeongGuk ?

–          Oh ! Papa ! cria le petit garçon en se jetant dans les bras de son père.

–          Ça va, mon petit gars ?

–          Oui !

–          Dis-moi, tu discutais avec qui, à l’instant ?

–          Avec Suga !

–          Suga ? C’est qui ?

–          C’est mon ami !

SangBeom observa son fils de trois ans lui sourire en lui affichant toutes ses petites dents, enfin au complet. Il esquissa à son tour un petit sourire en se souvenant qu’à cet âge, les amis imaginaires pouvaient être aussi nombreux que les amis réels.

 

 

 

 

SangBeom décrocha son téléphone. C’était sa mère. Il avait laissé JeongGuk chez elle pour quelques jours pour que l’enfant puisse passer un peu de temps avec ses grands-parents.

–          Allo, maman ? Qu’est-ce qui se passe ? Il y a un problème avec JeongGuk ?

–          Je… Je ne sais pas, en fait.

–          Qu’est-ce qu’il y a ? Il n’est pas sage ?

–          Si, mais… Disons que ça fait deux jours qu’il ne parle plus.

–          Ah bon ? Mais pourquoi ?

–          Je ne sais pas. Pourtant, il sourit, il mange…

–          … mais il ne dit rien.

–          Voilà…Il ne fait que hocher la tête et faire ce qu’on lui demande.

–          Mais il ne vous pose pas de problèmes, au moins…

–          Non ! Pas du tout. Au contraire. Il passe son temps à dessiner.

–          A dessiner ?

–          Oui… D’ailleurs, il ne dessine que des oiseaux.

–          Des oiseaux ?

–          Oui, tu sais, quand ils volent. Ceux qui ressemblent à des « V ».

–          … Mais il va bien, au moins ?

–          Il est toujours souriant.

–          D’acco-

–          Oh ! Il est là ! Tu veux l’avoir au téléphone ?

–          Ah, oui, je veux bien.

–          Tiens, JeongGuk, c’est papa !

–          … Papa ?

–          Oh ! Il reparle ! fait la voix lointaine de sa mère à travers le combiné.

–          JeongGuk ! Pourquoi tu ne parlais plus ?

–          Ce n’était pas moi !

–          Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? Oh, il parait que tu as appris à dessiner des oiseaux ?

–          Des oiseaux ?

–          Oui, les « V » que tu dessinais, d’après mamie.

–          Oh ! « V » ! Je vais l’appeler comme ça !

–          Qui ça ?

–          Mon ami ! Il n’avait pas choisi son nom car il ne sait pas parler.

–          Ah…

–          Oui, il adore faire ce dessin ! Je ne savais pas que c’étaient des oiseaux.

–          …

–          Papa ?

–          Oui ?

–          Je t’aime ! Et j’ai faim !

–          Ah ! Redonne-moi mamie, alors, s’il-te-plait.

–           Tiens, mamie !

Après avoir salué sa mère, SangBeom raccrocha. Préoccupé par le comportement étrange de son fils, il décida néanmoins de ne pas en parler à sa femme, de peur de l’inquiéter. Elle était déjà assez inquiète par rapport au tempérament un peu bipolaire de leur fils alors il ne voulait pas gâcher ces quelques jours de repos qu’il pouvait lui accorder. En effet, JeongGuk pouvait être très joyeux comme très froid. Il pouvait être très bavard ou complètement muet. Parfois il était peureux au point de pleurer devant une sauterelle et le lendemain il cherchait à attraper toutes les petites bêtes qu’il trouvait au risque de se faire piquer. Enfin, il pouvait être très émotif un matin et être complètement insensible le soir venu.

 

 

 

 

 

SoEun, en venant chercher son fils à l’école primaire, se fit interpeller par la maîtresse de ce dernier.

–          Votre fils a eu un comportement assez bizarre, ce matin. Il affirmait que son nom n’était pas JeongGuk, mais Suga. Il disait que JeongGuk ce n’était pas lui, mais l’autre. Résultat du compte, les autres enfants le trouvent assez bizarre et je ne sais pas vraiment comment réagir face à ce genre de situation…

–          Je suis désolée. Je lui en parlerai.

–          Oui, s’il vous plait. Ce serait dommage qu’il soit mis à l’écart à cause de plaisanteries du genre. Il n’est qu’au CP. Il a presque été violent avec l’un de ses camarades qui ne le croyait pas.

Après s’être excusé plusieurs fois auprès de l’institutrice, SoEun put enfin aller récupérer son fils.

Arrivée chez eux, elle décida d’avoir une discussion avec lui. Elle fit asseoir le petit garçon sur une chaise et souffla un bon coup avant de commencer.

–          JeongGuk.

–          Oui, maman ?

–          Pourquoi est-ce que tu as dit à tes camarades que ce n’était pas toi ?

–          Parce que ce n’était pas moi. C’était Suga.

–          Mais Suga, c’est toi, non ?

–          Non, Suga c’est mon ami. Comme V.

SoEun soupira, devinant que la conversation ne les mènera nulle part.

–          Mais tu sais, JeongGuk. Si tu agis de cette manière, tes camarades ne vont pas vouloir être amis avec toi…

–          Mais ils sont bêtes aussi… et puis la maîtresse aussi.

–          JeongGuk !

–          … pardon.

Le jeune garçon se mit à regarder ses doigts qu’il triturait nerveusement. SoEun soupira de nouveau, et laissa son fils repartir dans sa chambre, ce qu’il fit aussitôt.

Plus tard dans la soirée, lorsqu’elle s’apprêtait à chercher son fils pour le dîner, elle le surprit en train de parler tout seul. Elle l’observa alors discrètement.

–          Tu as raison, Suga. Toi aussi, tu es d’accord, V ?

–          …

–          Oui, je le pense aussi.

–          …

–          On restera toujours ensemble !

–          …

–          Oui, tant pis pour les autres.

Ne souhaitant pas en entendre plus, SoEun annonça à son fils que le dîner était prêt.

Alors que JeonGuk était couché et SangBeom rentré du travail, SoEun put enfin se lâcher et fondit en larmes dans les bras de son mari. Une fois de plus.

 

 

 

JeongGuk avait maintenant dix ans. Il n’avait pas d’amis à l’école mais s’en moquait éperdument. Il évitait ses camarades qui, eux, l’ignoraient. Tout se passait plus ou moins bien. Il avait appris à gérer ses changements de personnalité. V et Suga faisaient plus ou moins semblant d’être JeongGuk. Cependant,JeongGuk était majoritairement lui-même. Le problème de gestion des personnalités étant encore présent lorsqu’il avait des émotions un peu trop fortes. SoEun et SangBeom, quand à eux, avaient fini par accepter leur fils comme il est ou du moins, faisaient comme si tout allait bien.

Un samedi matin, SoEun dû aller chez le médecin pour une petite grippe. SangBeom étant en voyage d’affaires, elle fut contrainte à faire appel à une étudiante souhaitant arrondir ses fins de mois pour garder son fils durant quelques heures.

En ouvrant la porte d’entrée, les pleurs et hurlements incontrôlés de son fils parvinrent à ses oreilles. Heureusement ou malheureusement, leur appartement était parfaitement isolé. Elle se précipita à l’intérieur sans penser à refermer, pour retrouver son fils recouvert de sang en pleurs devant le corps inerte de lababysitter. Un cri d’horreur s’échappa de sa gorge et elle s’évanouit instantanément.

 

 

 

Les voisins avaient appelé les autorités et SangBeom fut obligé de revenir d’urgence à Séoul. Une enquête eut lieu. L’enfant était parfaitement calme à l’arrivée des policiers et avait expliqué que la jeune femme avait fait du tort à JeongGuk et que de ce fait, un certain « V » l’avait vengé. D’après les voisins, le garçon avait subitement changé de comportement à l’arrivée de la police. Avant leur arrivée, il était en train de pleurer toutes les larmes de son corps et s’inquiétait pour sa mère. Pourtant, quand les autorités arrivèrent sur les lieux, il devint d’une froideur et d’un calme extrême.

Suite à ces événements, JeongGuk consulta une multitude de psychiatres et fut interné dans un hôpital psychiatrique pour enfants après avoir été diagnostiqué comme étant schizophrène. Quant aux parents, SoEuntomba dans une dépression renforcée par un mutisme et SangBeom fut contraint de continuer à travailler dur pour payer les frais d’hospitalisation de son fils et entretenir sa femme.

 

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Publié le 7 mars 2016, dans Mes fanfictions, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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