Avant de te rejoindre: Chap 3 – Déclic

Le collège… C’est le début de l’adolescence, le début de la phase rebelle, c’est le moment de la vie où les hormones commencent à nous noyer et où on ne sait plus quoi faire. On ne réagit plus comme on avait l’habitude de réagir, on n’a plus les mêmes envies ni les mêmes besoins qu’avant. L’adolescence, pour moi, a été le moment où mon sens des priorités a changé. Je m’étais fait au fait que j’allais me faire frapper dans tous les cas. Mais je ne voulais plus être passive face à ce monde. Quitte à me faire frapper, je voulais vraiment avoir l’impression de le mériter. Je voulais détruire tous ceux qui me dégoutaient. J’étais perdue. J’ai vite commencé à fumer, à boire, à faire le mur, à me battre. À chaque fois, je me faisais punir. À chaque fois, j’encaissais les coups sans rien dire. J’attendais juste que ça passe. Pas que ça ne me faisait pas mal, mais plutôt que je ne pouvais rien y faire de toute manière. Je continuais à plus ou moins obéir à mon père. Mes notes continuaient à être bonnes, je continuais à tout ranger, à faire toutes les tâches ménagères. Mais j’avais changé.

Jimin avait réussi à changer un peu Taehyung. Il était moins coincé. En plus, il commençait à plaire aux filles. Jimin, lui, s’était mis au sport. Alors les filles, il les enchainait. Moi, je ne faisais toujours pas attention à mon apparence. J’étais plutôt garçon manqué. Il n’y avait que Tae et Jim qui pouvaient m’approcher. Je ne parlais pas aux autres. Je devenais tout de suite agressive. Alors les filles qui s’étaient intéressées à mes deux potes ne s’en prenaient pas à moi. Elles avaient trop peur. Moi, ça m’arrangeait. On me laissait tranquille, c’était le principal.

 

 

Je ne sais pas quand est-ce que j’avais commencé à être comme ça.  Ah si. Je pense que ça devait être à ce moment-là. Au début, je trainais juste avec les gars et je continuais à suivre ce que mon père me disait. Je ne sais pas comment ces deux-là avaient réussi à m’approcher mais je les avais acceptés. Mais en quatrième, des filles étaient venues me voir. Je ne les connaissais pas. Elles m’avaient entrainé à part et avaient commencé à me brimer. Je me laissais faire, habituée aux coups de mon père qui étaient incomparablement plus forts. Pas la peine de m’attirer des ennuis à me défendre alors qu’elles ne me faisaient même pas mal. Jusqu’au moment où l’une d’elles prononça une phrase qui me mit hors de moi.

–           Tu fais vraiment pitié…

–           …

–           Ouais, j’avoue. Tu ne peux pas au moins faire un petit effort sur ton apparence ? T’es laide, tu devrais juste mourir.

–           En plus, d’où est-ce que tu oses rester avec Taehyung et Jimin ? Arrête de faire ça, tu fais tâche !

Elles rigolèrent fières de leurs paroles. « Pitié » ? Je faisais pitié ? Je ne voulais pas faire pitié. Je ne leur permettais pas de me dire ça. J’en avais marre de faire pitié. Je ne voulais pas de pitié. C’étaient elles qui faisaient pitié à s’en prendre à moi par pure jalousie. Je me mis alors à serrer les poings. Je relevai la tête et leur lançai un regard noir, chose qui les avait surprises.

 

–       Han la la ~!!! Les filles, je crois qu’on l’a énervée ! Haha !

–       Oui ! Bah alors, ma petite ? On est vexée ?

–       Si t’es vexée alors éloigne-toi de – Aïe !!!! Mais ça va pas ????

 

Je lui avais mis une gifle. Une de ses amies vint vers moi et voulu me frapper mais je lui mis un coup de poing. Les autres filles eurent peur et l’abandonnèrent pour s’enfuir. Je m’approchais alors de celle que j’avais mise à terre grâce à mon coup pour me mettre sur elle et la frapper encore. Je ne me contrôlais plus. Je frappais. Je la frappais en rejetant sur elle tout le dégout que j’avais pour le monde. Je souriais. Un sourire malsain. Elle hurlait mais je m’en moquais. Je continuais à lui mettre des coups, en lui tenant la tête par les cheveux. Assez rapidement, je sentis des bras puissants me tirer en arrière. Je me laissais faire, me rendant compte que j’étais en train de me battre dans l’enceinte du collège, ce qui était évidemment interdit. Les autres filles avaient appelé les professeurs pour me stopper. La fille fut emmenée à l’infirmerie et moi, dans la salle des profs.

–           Lee Areum. Pourquoi as-tu frappé ta camarade ? demanda mon professeur principal.

–           …

–           Réponds, bon sang !

–           …

–           Tu es pourtant une élève calme habituellement. Que s’est-il passé ?

–           …

–           Tu sais, si tu ne réponds pas, nous ne pourrons pas comprendre ce qu’il s’est passé…

Pourquoi essayer de comprendre ? Je ne comprenais pas pourquoi il voulait comprendre. Il n’y avait rien à comprendre.

–           Bon. Nous avons appelé ton père, il va venir te chercher. Les parents ta camarade, Kim Eungi, vont aussi venir. Il semblerait qu’elle n’ait rien de cassé, heureusement.

Au moment où il avait parlé de mon père, mon corps se tendit et je commençai à avoir peur. Vraiment très peur. Mon père allait me tuer. Je commençai à trembler. Le prof me dit d’attendre mon père sur place. Il était sûrement allé chercher la pauvre Kim Eungi alors que moi, j’avais l’impression d’attendre mon exécution. Je commençais à regretter mon acte. J’étais vraiment terrorisée. Les minutes d’attente semblaient durer des heures. Ce furent les parents de la fille qui arrivèrent en premier. Ils furent emmenés dans le bureau du principal. Moi, je restais là. À attendre mon bourreau. Quelques minutes plus tard, mon père arriva. Je me levai, apeurée. Il avait un regard glacial. Il arriva devant moi et m’assena une gifle retentissante devant tout le monde. Ç’avait fait taire toute la salle. Moi, je restai silencieuse aussi. Je n’avais émis aucune plainte, j’étais restée debout comme un piquet devant lui. J’avais juste une larme qui commençait à couler le long de ma joue brulante. Mon prof principal, sûrement gêné par le silence, se décida alors à prendre la parole et nous demanda de le suivre dans le bureau du principal. Il y avait la fille et ses parents, le principal et le principal adjoint. On nous demanda de nous asseoir, ce que nous fîmes. Mon père prit la parole.

–           Bonjour monsieur le principal, monsieur l’adjoint, monsieur et madame…

–           Kim, répondit le père d’Eungi.

–           Monsieur et madame Kim, et mademoiselle. Je vous présente mes plus sincères excuses pour le comportement inadmissible de ma fille. Vous pouvez vous rassurer, elle sera punie comme il se doit.

Mon père me tira pour que me lève et nous nous inclinâmes devant la famille de la « victime ». Il appuyait sur mon dos tellement fort que j’avais l’impression que l’arrière de mes jambes tendues allait lâcher. Mais comme d’habitude, je n’osais pas lâcher une quelconque plainte. Le père soupira et prit la parole.

–           Nous acceptons vos excuses, mais cette enfant doit aussi être punie par l’école. Alors nous demandons à ce que l’établissement lui administre une sanction exemplaire, pour cette situation ne se reproduise pas. Nous ne payons pas les frais de scolarité pour que notre fille soit dans un collège dans lequel les bagarres sont tolérées.

–           Mais nous ne savons pas ce qui s’est passé. Ni Eungi ni Areum ne veulent raconter ce qui s’est passé, protesta mon prof.

–           Ma fille doit être traumatisée ! s’indigna la mère. C’est normal qu’elle ne veuille pas raconter ce qui s’est passé !

–           Nous comprenons tout à fait, madame. Mais Eungi est une élève d’ordinaire calme et est la meilleure élève de l’école. Dans la plupart des conflits, les deux côtés sont en tort. Alors nous aimerions juste savoir ce qui s’est passé. Areum, tu veux bien nous expliquer ce qui s’est passé ?

–           …

–           S’il te-

–           Areum ! Ton professeur t’a posé une question ! Réponds ! cria mon père.

Je sursautai puis tremblai un peu. Je pris une grande inspiration et me décidai à raconter de manière concise ce qu’il s’était passé.

–           Eungi et ses amies m’ont prise à part pour me demander d’arrêter de côtoyer deux de mes camarades. Elles ont dit que je faisais pitié, cela m’a énervé et j’ai giflé une de ses amies.

–           Qui ça ? demanda le principal, inquiet.

–           Park Mina, déclara timidement Eungi.

–           Eungi a voulu venger son amie mais je lui ai mis un coup de poing qui l’a mise à terre. Puis, j’ai commencé à la frapper et vous êtes arrivés.

–           … Donc tu nous dis que c’est uniquement parce qu’elles ont dit que tu « faisais pitié » que tu l’as frappé de la sorte? demanda mon prof, incrédule.

–           Oui, monsieur.

–           Kim Eungi, tu confirmes ? C’est l’unique raison ?

–           … Oui…

Mon prof soupira. Il y eut un silence pesant dans la salle. Mais mon père décida de le rompre.

–           Il est clair que ma fille est en tort. Nous accepterons toute sanction. Ce n’est pas parce qu’elle est bonne élève qu’il ne faut pas la punir convenablement.

–           Ah… Euh… Oui… Hum… Je propose qu’elle soit exclue pendant trois jours. Cela lui permettra de réfléchir à ses actes. Est-ce que cette punition vous convient monsieur et madame Kim ? demanda le principal.

–           Oui. Mais qu’allez-vous faire pour notre petite Eungi ?

–           Mais si j’ai bien compris, Eungi comptait frapper Areum, je me trompe ? remarqua mon professeur principal.

–           Pardon ??? Vous voulez punir notre petite alors qu’elle a juste voulu protéger son amie ??? C’est ELLE la victime ! s’indigna la mère.

–           Calmez-vous, madame Kim. Elle aura un jour de repos pour s’en remettre, annonça le principal.

–           … D’accord…

–           Bon. Alors l’affaire est réglée, déclara le principal adjoint. Je suis vraiment désolé que nous n’ayons pas réussi à éviter cette situation et …

Je n’écoutais plus. J’étais terrorisée à l’idée de passer les cinq prochains jours à la maison. Oui, cinq, car il y avait le weekend juste après. Je me courbai machinalement pour dire au revoir et m’excuser encore une fois puis mon père me dirigea vers la sortie.

 

 

Nous étions tout de suite rentrés. Devant la maison, je pleurais déjà. En sortant de la voiture, il me dit de rentrer. Premières paroles depuis qu’on était parti du collège. J’avais peur mais j’obéissais quand même. Désobéir était pire que tout, face à lui. J’entrai donc dans la maison et partis dans ma chambre. J’avais l’impression que j’allais mourir. Pas mourir comme lorsqu’on se fait gronder par ses parents, non. Mourir pour de vrai. Mourir sous les coups. Mourir de douleur. Perdre la vie. D’ailleurs, en parlant de perdre la vie, c’est vraiment long… Enfin, bref.

À peine une minute après que je sois entrée dans ma chambre, il entra à son tour. Dans sa main, il tenait… un tuteur. Oui, vous savez les trucs qui servent à tenir les plantes pour qu’elles poussent droit ? C’était un tuteur en bambou. Il avait dû le prendre dans le jardin. À ce moment, j’eus encore plus peur. Je fondis en larmes et me jetai à ses pieds pour le supplier de me pardonner.

–           Papa… S’il te plait… Je te demande pardon… Je t’en supplie, ne me fr-

–           Lève-toi.

–           Non ! S’il te plait…

–           DEBOUT !

Je sursautai. Il avait hurlé. Il n’avait plus hurlé depuis la mort de ma mère. Je me levai tout doucement mais sans oser le regarder. Je fixais le sol.

–           Regarde-moi.

–           …

–           Areum, tu as fait une très grosse bêtise, il faut en assumer les conséquences.

–           … Non… Pitié… Pardon, pleurnichais-je.

–           REGARDE-MOI !

Encore un sursaut. Je le levai les yeux vers lui. Il me terrorisait. Il y avait tellement de haine dans ses yeux que j’avais du mal à soutenir mon regard.

–           « Tu fais pitié ».

–           … Hein ?

–           Je comprends pourquoi elles ont dit ça. Tu fais vraiment pitié, actuellement.

Je me mis à serrer mes poings. Même venant de mon père, cette remarque m’énervait.

–           Tu n’assumes même pas tes actes, expliqua-t-il.

–           … Pardon, répondis-je difficilement en baissant les yeux.

–           Regarde-moi !

Je relevai la tête, les larmes aux yeux. J’avais honte. Honte et peur.

–           Je pensais t’avoir appris à assumer, Areum. Je pense que je suis trop tendre avec toi.

–           Non ! Je… Non…

–           Non quoi ? Est-ce que tu trouves que tu assumes pleinement tes actes ?

–           …

–           Réponds !

–           … Non, papa.

–           Tu vois ? Ecoute-moi bien. Tu fais une bêtise, tu es punie. Ça a toujours été comme ça et tu le sais.

–           …

–           Alors si tu ne veux pas qu’on dise que tu fais pitié, assume tes actes, pour commencer.

Pour une fois, il me disait des choses plus ou moins logiques. C’était vrai. Je faisais pitié à me jeter à ses pieds. Je faisais pitié à vouloir fuir. Je me dégoutais. J’étais pitoyable. Je détestais ça. Alors j’essuyai mes larmes et arrêtai de pleurer.

–           Calmée et décidée à assumer? Très bien. Maintenant, mets-toi en sous-vêtements. Je ne tiens pas à te racheter un uniforme.

–           Oui, papa.

Le moi docile était revenu. Je ne réfléchissais plus. Je m’étais fait à l’idée de passer un mauvais moment. J’enlevai donc machinalement mon haut et ma jupe.

–           Les prochains jours, tu seras privée de sortie.

–           Oui, papa.

–           Et lorsque tu reviendras en cours, tu garderas tes bras cachés. C’est compris ?

–           Oui, papa.

–           Très bien. Maintenant, pose tes mains sur ton bureau.

Je les posai sur mon bureau. J’avais l’habitude de me retrouver dans cette position. C’était celle qu’il me faisait prendre pour me frapper avec sa ceinture lorsque je n’atteignais pas la note maximale ou pour d’autres raisons diverses et variées. Sauf qu’habituellement, j’étais habillée. Je fermais les yeux et agrippais fermement mon bureau, en serrant les dents. Je me doutais que cette fois allait être beaucoup plus douloureuse que les autres.

 

 

 

Mon père venait de se stopper. Je ne voyais pas mon dos, mais je savais qu’il saignait. Fesses, dos, haut des cuisses, bras, rien n’avait été épargné. Je respirais difficilement à cause de la douleur. Des larmes inondaient mon visage. Je n’avais pas réussi à les retenir. Je n’avais pas réussi à rester silencieuse. Ç’avait été trop douloureux. À chaque coup, je m’étais retenue de hurler. Mais je n’avais pas réussi à me retenir les petites plaintes ou gémissements de douleur qui m’échappaient malgré moi.

Mon père était alors sorti, me laissant seule dans ma chambre. Je savais que ce n’était pas fini. Je savais que la sanction allait reprendre le lendemain, et le surlendemain, et probablement jusqu’à ce que je revienne en cours. Dès qu’il ferma la porte, je m’effondrai au sol. Je n’avais plus de forces et j’avais trop mal.

 

Je repensai à ce que mon père avait dit. Je ne voulais plus être pitoyable. Plus jamais.

 

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Publié le 28 janvier 2016, dans Avant de te rejoindre, Mes fanfictions, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

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