Avant de te rejoindre: Chap 1 – Maman

Je me souviens du moment où tout a commencé. J’avais neuf ans. C’était un jour d’été ensoleillé comme tous les autres.  En ce temps-là, tout allait bien. Ma vie était parfaite. J’aimais mon père et ma mère. J’étais enfant unique. Enfant adoptée. Mais je m’en moquais. Mes parents m’aimaient, c’était tout ce qui m’importait. Et puis, je ne voulais pas savoir qui étaient mes parents biologiques, j’étais heureuse avec eux. C’étaient eux, mes parents. Pas des inconnus. Pas ceux qui m’avaient abandonné.

Le matin, je m’étais levée de bonne humeur. C’était le premier jour des vacances d’été. Un parc d’attraction temporaire venait tout juste d’ouvrir et je voulais absolument y aller. J’avais donc préparé un plan. J’avais rangé ma chambre, j’avais aidé ma mère aux tâches ménagères, j’avais commencé mes devoirs de vacances, j’avais tout fait pour que le terrain soit favorable. Le midi, mon père était revenu pour déjeuner. J’avais pris son sac, lui avait rangé ses chaussures, lui avait pris sa veste de costume et l’avais dirigé vers la table. Durant le repas, je passai à l’attaque.

  • Dites… Est-ce que je pourrais aller au parc d’attraction cet après-midi, s’il vous plait?
  • Avec qui? avait demandé mon père.
  • Euh… Je ne sais pas.

Mince, j’avais oublié ce détail. Je n’avais personne pour m’accompagner. Mon plan n’était pas aussi bien préparé que je le pensais.

  • Tu sais bien que je ne veux pas que tu sortes toute seule, continua mon père.
  • Oui, papa, je sais… AH! Maman! Tu voudrais bien m’accompagner, s’il te plait?
  • Mais ma chérie, tu sais bien que je n’aime pas les manèges, se plaignit ma mère.
  • On n’en fera pas qui font peur! assurai-je. Hein, papa! C’est bon si maman m’accompagne! Allez, maman dis oui!!!! S’il te plaiiiit!!!!!
  • Bon… D’accord, se résigna-t-elle.
  • YOUPIIIIII!!!!
  • Ah la la, tu es trop gentille avec elle, remarqua mon père.
  • Et toi, alors? Tu ne m’as même pas défendu! répliqua ma mère avec un air faussement vexé.

Et ils rigolèrent tous les deux tandis que je m’étais levée de ma chaise pour courir partout. J’étais heureuse…

Après le déjeuner, mon père repartit au travail mais nous déposa au parc d’attraction avant. J’étais surexcitée. Je courais partout. Je voulais tout essayer et ma mère prenait plein de photo de moi.

A force d’insister, ma mère finit par accepter de m’accompagner dans un manège assez calme. C’était un labyrinthe de miroirs.  Il y en avait partout et je m’en prenais plusieurs en rigolant. Ma mère me suivait de près. Mais vu que je courais partout, j’avais fini par la perdre. Ou plutôt, elle avait fini par me perdre. C’est à ce moment que le premier coup de feu retentit. Un cri suivi d’un coup de feu.

Je m’en souviens encore. Ça criait de partout. On entendait le verre qui s’était brisé. Je ne trouvais plus ma mère. Je la cherchais partout, mais je ne voyais que moi, dans les vitres et miroirs. Paniquée, je commençai à courir partout. J’avais peur. Je me cognais contre chaque vitre, contre chaque miroir. Je ne riais plus, je pleurais. Je hurlais, j’appelais ma mère, mais je ne la trouvais pas. Deuxième coup de feu. Je me recroquevillai par terre. J’avais vraiment peur. J’entendis alors la voix de ma mère. Je relevai la tête et la vis. Elle courait vers moi. J’allais me relever quand un troisième coup de feu retentit. À ce moment, tout se passa au ralenti. Je vis ma mère tomber au sol, me laissant voir celui qui lui avait tiré dessus. Il avait l’air surpris. J’ai vu de l’horreur mélangé à la terreur dans ses yeux. Puis, il s’enfuit en poussant un juron. Mais moi, j’étais restée bloquée au même endroit et j’avais baissé les yeux sur le corps de ma mère, gisant sur le sol, baigné dans une énorme flaque rouge qui ne cessait de s’agrandir.

Je voulus hurler. Je voulus m’enfuir. Mais je ne pouvais pas. Je n’y arrivais pas. J’étais pétrifiée, sans voix. À ce moment, ma vie s’était effondrée. Quand je m’en étais enfin aperçue, je me mis à hurler. Un hurlement de détresse, d’horreur, de désespoir… et d’effroi.

Après ça, tout s’est passé très vite. Cette fois, les événements passaient en accéléré. Je continuais à hurler. Je sentais que les gens voulaient me calmer, me rassurer, mais c’était impossible. Je continuais à hurler. Je hurlais la perte de ma mère, je hurlais à l’injustice. Je hurlais à en perdre la voix.

Finalement, ma mère était morte sur le coup. Elle s’était reçue la balle en plein cœur. J’ai appris par la suite qu’on était juste au mauvais endroit au mauvais moment. C’était une guerre de gangs. On faisait partie de ces « victimes » dont ils parlent au journal télévisé, le soir. Ces gens inconnus qui ne demandaient rien d’autre que de passer du bon temps dans un parc d’attraction. Ces gens détruits juste par hasard. Saleté de hasard.

Je me souviens de la réaction de mon père. Il était venu me chercher. Il avait hurlé, pleuré, frappé toute personne voulant s’approcher de lui, balancé tout ce qui lui tombait sous la main. Je ne l’avais jamais vu dans cet état. Il m’effrayait. Mais d’un coup, il s’effondra. Il resta par terre et laissa juste ses larmes couler silencieusement. À ce moment, j’eus la merveilleuse idée de m’approcher de lui. Mauvaise idée. Il eut alors une sorte déclic. Je pense que ma vie s’est arrêtée à ce moment-là. Il me regarda avec des yeux sans vie. Puis, ces mêmes yeux se remplirent de haine. Je me souviens de ce qu’il s’était mis à ce moment-là : « c’est de ta faute ». Puis, il se leva et me prit la main. Il dit aux policiers qu’on devait rentrer et il me tira jusqu’à la voiture.

Sur tout le trajet, il avait été silencieux. Son silence me pesait mais je ne savais pas quoi lui dire. Arrivés à la maison, il ferma la porte d’entrée à clefs et se mit à fermer toutes les fenêtres, volets compris, mettant la maison dans le noir. Je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça. Du moins, pas encore… Il faisait encore un peu jour et habituellement, on ne les fermait que lorsqu’il faisait déjà nuit. Mais ce jour-là, c’était différent.

Apres avoir tout fermé, il vint me voir dans ma chambre. Il resta quelques minutes debout à me fixer. Je ne comprenais pas. Il me faisait peur. Je voyais de plus en plus de haine dans ses yeux. N’en pouvant plus, je finis par briser le silence.

  • Papa…
  • Tu l’as tuée, me coupa-t-il.
  • Hein ?
  • Si tu n’avais pas insisté pour aller dans ce putain de parc d’attraction, rien de tout cela ne serait arrivé.
  • … M-
  • Tu m’as enlevé la femme que j’aimais…
  • … Papa…
  • C’EST DE TA FAUTE, TU COMPRENDS ???
  • Mais je…
  • NON ! TA GUEULE !
  • Tu vas payer…

Première gifle. Première gifle de ma vie. Cette gifle avait été tellement forte que j’étais tombée par terre. J’avais hurlé. Hurlé de douleur et de peur. J’eus juste le temps de voir le visage de mon père déformé par la haine avant de fermer les yeux de toutes mes forces. Il me ruait de coups. Je m’étais recroquevillée et je hurlais, je le suppliais, mais il continuait. Il ne cessait de répéter que tout était de ma faute et que j’allais payer. Je recevais coup de pied sur coup de pied. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas m’évanouir. J’aurais préféré m’évanouir. J’avais mal. Extrêmement mal.

Au bout d’un moment qui me parut être une éternité, il s’arrêta enfin. Je croyais que j’allais mourir de douleur. Je pleurais en boule au sol. Je sentis qu’on me redressait. Mon père prit alors la parole. Sa voix était horriblement calme. Surprise, je le regardai.

  • Tu sais que tu as fait une grosse bêtise ?
  • Réponds !!! cria-t-il en me mettant une nouvelle gifle.
  • AAAAH !
  • … Tu sais que tu as fait une énorme bêtise, n’est-ce pas ?
  • … O-Oui, papa, répondis-je, de peur qu’il ne me frappe de nouveau.
  • Tu sais ce qui se passe quand on fait une bêtise, non ?
  • On est punie. On paie les conséquences de ses actes.
  • Tu comprends, n’est-ce pas ?
  • REPONDS ! cria-t-il en commençant à lever le bras.
  • Oui ! Oui, je comprends ! Ne me frappe pas ! suppliai-je en mettant mes mains devant mon visage.
  • Très bien. Quand on fait une bêtise, on en paie les conséquences. A partir de maintenant, tu vas payer pour avoir tué maman. Payer pour avoir tué la femme que j’ai aimée de tout mon être. Payer pour avoir tué celle qui a tenu à t’adopter pour te sauver.
  • Tu sais, ta maman voulait que tu sois une gentille fille. Une fille dont nous serions fiers.
  • Mais là, tu as été très méchante. Complètement ingrate. Une honte.

Il se leva. Je le regardais retirer sa ceinture sans comprendre. Quand il la leva, j’eus tout juste le temps de me recroqueviller. Elle s’abattit sur mon dos dans un énorme claquement. Je hurlai encore plus fort. Il frappa encore. Mes sanglots reprirent. Mon dos me brulait. Mon corps entier me faisait mal. Je n’avais jamais eu aussi mal de ma vie. Pourtant, juste avant, c’était déjà ce que j’avais pensé. D’un coup, il s’arrêta. Je risquai un coup d’œil dans sa direction.

  • Voilà. Tu as été assez punie pour aujourd’hui, déclara-t-il en remettant sa ceinture.
  • Papa… s’il te plait…
  • Oui ?
  • … Ne me frappe plus… Pardon… Je te demande pardon… Je ne voulais pas… Ne me frappe plus, s’il te plait… Je t’en supplie…

Il me mit une nouvelle gifle avant de reprendre.

  • Tu n’as que ce que tu mérites, ma chérie. Tu as tué maman.
  • … Mais…
  • Il n’y a pas de « mais ». Maintenant, sois sage. Tu as fait une grosse bêtise alors je n’en laisse plus aucune passer à partir de maintenant. Je te punirai à chaque fois.
  • Non ! S’il te plait !!! le suppliai-je en m’accrochant désespérément à ses jambes.
  • Qu’est-ce qu’il y a ? Tu comptes refaire des bêtises ?
  • … N-Non…
  • Très bien. Alors la discussion est close. Lâche-moi.
  • Oui, papa, fis-je en le lâchant.
  • Ce soir, tu es privée de dîner. Tu n’as pas le droit de sortir de ta chambre. C’est compris ?
  • Oui, papa.
  • Parfait.

J’avais abandonné. Je m’étais résignée. Mais surtout, j’avais peur qu’il s’énerve de nouveau. Il sortit, me laissant seule dans ma chambre, assise par terre, les larmes coulant silencieusement sur mes joues brulantes.

Ce fut le début de mon enfer.

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Publié le 7 décembre 2015, dans Avant de te rejoindre, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

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